J'ai longtemps accompagné des devoirs surveillés. Je connais la scène par cœur. Un enfant assis devant une fiche, un adulte penché sur son épaule, et au bout de dix minutes, plus personne ne travaille. L'enfant demande, se plaint, se lève. L'adulte répète, corrige, soupire.
Pour un enfant TDAH ou à haut potentiel, les devoirs avancent souvent mieux quand l'adulte travaille à côté de lui, occupé à sa propre tâche, plutôt que penché sur ses cahiers. Il a aussi besoin de bouger avant de s'asseoir, et de temps pour réfléchir sans qu'on réponde à sa place. Ces trois ajustements coûtent peu et changent l'ambiance de la soirée.
Pourquoi mon enfant n'arrive pas à se mettre à ses devoirs ?
Se mettre au travail demande un effort qu'on sous-estime. Il faut quitter ce qu'on faisait, s'asseoir, rassembler ses affaires, comprendre la consigne. Chaque changement, même tout petit, demande de l'énergie à certains enfants. Ils en dépensent déjà beaucoup juste pour entrer dans la posture de l'élève, avant même le premier calcul.
Il y a aussi l'intérêt. Beaucoup d'enfants TDAH fonctionnent un peu en tout ou rien. Soit la tâche les passionne et ils s'y plongent complètement. Soit elle ne les touche pas du tout, et chaque minute devient une montagne. Une fiche de conjugaison tombe rarement dans la première catégorie.
Et son état change au fil de la journée. Le même enfant peut être posé à 16 h et survolté à 17 h. Quand il est calme, des consignes calmes et claires l'aident. Quand il est très excité, il a plutôt besoin d'une voix plus ferme et plus dynamique, et de phrases courtes. Ce n'est pas de l'incohérence de votre part. C'est vous qui vous ajustez à lui.
Que faire pour qu'il se concentre ?
J'ai accompagné en classe un garçon qui ne tenait pas devant ses fiches si j'étais simplement assis à le regarder. Il me posait une question, se plaignait, voulait savoir ce que je pensais. Alors j'ai changé de place dans la scène. Pendant qu'il faisait ses fiches, je faisais mon propre travail. Je lisais, j'écrivais, je révisais même mes tables de multiplication.
Ça a tout changé. Je pouvais lui dire simplement « on travaille tous les deux, toi le tien, moi le mien ». Il n'était plus seul face à une corvée. Il était à côté de quelqu'un qui travaillait aussi.
À la maison, ça peut ressembler à ça.
- Asseyez-vous à la même table, avec votre propre tâche. Des factures, un livre, une liste de courses. Quelque chose de calme.
- Choisissez une activité peu intrigante. Si vous démontez un réveil, il voudra venir voir. Si vous triez des papiers, il restera à sa fiche.
- Restez disponible sans être penché sur lui. Il sait qu'il peut demander. Il ne se sent pas surveillé.
- Épurez la table. Pas de téléphone, pas de jouet en vue, juste ce qu'il faut pour l'exercice. Moins il y a de choses à regarder, moins sa curiosité part ailleurs.
- Gardez le même cadre. Même place, même moment, mêmes affaires prêtes. Chaque changement lui demande de s'adapter, et cette énergie-là manque ensuite pour l'exercice.
Faut-il le laisser bouger avant les devoirs ?
Oui. Un jour, je cherchais une balle dans l'école pour aller jouer avec un enfant avant le travail scolaire. Il faut le bouger, ce petit, me disais-je. Un enfant qui a besoin de mouvement est bien plus disponible pour s'asseoir après un bon moment d'exercice. Et je crois que c'est vrai pour presque tous les enfants.
Quinze minutes de ballon, de vélo ou de course dans le jardin ne sont pas du temps volé aux devoirs. C'est ce qui les rend possibles. Pendant le travail lui-même, certains enfants réfléchissent mieux debout, ou en marchant entre deux exercices. Laissez-les faire, tant que le travail avance.
Que veut dire son « quoi ? » permanent ?
Ce garçon répondait « quoi ? » à presque chaque phrase. Ça agaçait beaucoup d'adultes autour de lui. Ils répétaient, haussaient le ton, s'épuisaient. J'ai fini par comprendre. Son « quoi ? » ne demandait pas qu'on répète. Il lui laissait le temps d'intégrer la phrase et de chercher sa réponse. C'était un peu « laisse-moi réfléchir ».
Dans mon premier livre, j'ai écrit les besoins de ce garçon à la première personne, comme il aurait pu les dire. L'un d'eux :
Parfois je pense à voix haute. Il n'est pas nécessaire de me répondre, laissez-moi juste un peu de temps pour organiser mes pensées.
Quand votre enfant dit « quoi ? », essayez d'attendre trois secondes avant de répéter. Souvent, la réponse arrive toute seule. Et quand il vous pose une question pour éviter de chercher, vous pouvez simplement lui demander s'il a une idée. Le silence fait partie du travail.
Comment l'aider sans faire à sa place ?
Le pédagogue John Holt l'avait remarqué. Un enfant qui cherche n'aime pas qu'on lui souffle la solution. Il préfère presque toujours trouver par lui-même. Alors au lieu de corriger tout de suite, je préfère lui faire voir. « Est-ce que tu vois que la dernière ligne ne tombe pas juste ? » plutôt que « attention, c'est faux ». La première phrase l'invite à regarder. La seconde le met en faute.
Il trouvera parfois des stratégies qui vous paraîtront étranges. Compter sur ses doigts d'une façon à lui, marmonner, dessiner dans la marge, utiliser ses pouces pour ne plus confondre le b et le d. Si ça l'aide, c'est que c'est juste pour lui.
Et quand il réussit, pas besoin de grands compliments. Décrivez ce que vous avez vu. « Tu as fini les trois calculs sans t'arrêter. » Sa fierté lui appartient.
Quand demander de l'aide ?
Si les devoirs prennent chaque soir bien plus de temps que prévu, si votre enfant pleure souvent devant ses cahiers ou répète qu'il est nul, parlez-en à l'enseignant et à votre pédiatre. Des difficultés persistantes de lecture, d'écriture ou d'attention méritent un bilan, et les questions de traitement se discutent avec le médecin. Un accompagnement comme le nôtre aide à rendre les soirées plus vivables. Il complète ce suivi, il ne le remplace pas.

